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Au cours d’une promenade, il raconte dans sa Biographie au pas de course, qu’il fut fasciné par une aquarelliste, qui peignait un paysage de campagne. Dès l’enfance, il rassemblait dans un placard, des objets divers provenant des déchargements de navires, notamment. C’était son " musée " à lui, qui pourtant devait dire plus tard : " Le peu de goût que je ressens pour ces morgues d’embaumement, des citadelles de la culture mandarine, que sont les musées. Leur nom déjà, avec sa référence à l’imbécile notion gréco-latine des muses dit assez quel vent les pousse. Je suis fort persuadé de l’action stérilisante des pompes culturelles "… En tout cas, voilà dans ce placard et dans cette activité enfantine, selon Michel Thévoz ( Art brut, psychose et médiumnité ), les prémonitions de la passion de Dubuffet pour l’art brut.
En 1917, il arrive à Paris, au Quartier Latin. Déjà il rêve d’un art subversif, plus moderne, moins conventionnel. Très vite, il fréquente Fernand Léger, André Masson, Juan Gris… et part pour l’Argentine, où il trouve un emploi de dessinateur dans une entreprise de chauffage central, à Buenos Aires !
En 1939, il est mobilisé, affecté à Saint-Cyr. Mais en raison de ses humeurs antimilitaristes, il est " exilé " à Rochefort.
En 1942, il entreprend de peindre de nouveau, et cette fois, de se consacrer exclusivement à cet art, dans un nouvel atelier, en face de chez lui, à Paris. Georges Limbour le présente à de nombreux artistes, et c’est en 45 que la galerie Drouin, place Vendôme, lui consacre sa première exposition personnelle. Elle donnera d’ailleurs lieu à de très violentes polémiques.
En 1950, Dubuffet prend la défense de Céline, lors du procès qui fut intenté à l’écrivain, puis travaillera avec l’auteur deux ans plus tard. Il se lie d’amitié avec Marcel Duchamp.
Après les séries des Hautes pâtes, et des portraits Plus beaux qu’ils croient, il peint des Paysages grotesques, des Corps de dames en 50, des Sols et terrains, Terres Radieuses et Lieux momentanés, s’adonne aux collages et assemblages en 53, dont des assemblages d’empreintes. En 1956, il crée ses Routes et chaussées, suivies des Lieux cursifs, puis des Phénomènes et des Eléments botaniques. En 60, le musée des Arts Décoratifs lui consacre une rétrospective. Il touche à la musique, en 61. S’installe dans la forêt du Touquet en 62, c’est là qu’il commence son travail sur L’Hourloupe. Il crée beaucoup à Vence, où séjourne Lili pour raison de santé. En 66, alors que sont organisées des rétrospectives dans toute l’Europe, et à New York, Dubuffet découvre l’usage du polystyrène expansé et réalise ses premières sculptures peintes au vinyle. Pendant ce temps, il écrit aussi, et c’est en 67 que paraît en deux volumes chez Gallimard, Prospectus et tous écrits suivants, suivis d’autres écrits. Il se consacre à son œuvre Groupe de quatre arbres, commandée pour la Chase Manhattan Bank de New York, et qui sera inaugurée en 72. En 1974, naît la Fondation Dubuffet dont il restera président jusqu’à sa mort. Entre temps, ces créations sont très nombreuses. Il travaille sur les Théâtres de mémoire, sur le tableau animé Coucou bazar, les Crayonnages, ou encore les Parachiffres. L’affaire du Salon d’été, œuvre construite pour Renault-Billancourt, le suivra pendant plusieurs années. Jean Dubuffet présente Les Mires à la biennale de Venise, au pavillon français en 1984, inaugure le Monument à la bête debout à Chicago, ainsi qu’une exposition en Suède, écrit sa Biographie au pas de course, réalise un dernier dessin le 17 avril 1985, et meurt le 12 mai dans sa 84ème année. Genèse de L’Hourloupe " Un jour, tandis qu’il répond au téléphone, Dubuffet griffonne au bic rouge sur des bouts de papier et se surprend à barrer ces dessins privés d’intention de rayures rouges et bleues. Surpris, il pose le résultat de ses tracés inconscients sur des fonds noirs et constate qu’ils sont chargés d’un pouvoir de sensations visuelles inédit, encore inexpérimenté (...) Il décide alors d’accompagner ses artifices du corps d’un texte rédigé en jargon et donne à cette plaquette le titre d’Hourloupe ". ( Dubuffet – Marcel Paquet). " Le cycle de travaux auxquels j’ai donné le nom de L’Hourloupe, m’a occupé pendant douze ans, de 1962 à 1974. Il a commencé avec des dessins et des peintures sur toile(…) Puis j’ai eu envie de donner à ces simulacres plus de matérialité qu’on ne peut le faire sur une toile, en les érigeant en trois dimensions " (Jean Dubuffet). Le tableau animé Coucou bazar, sera considéré comme un " véritable bal de L’Hourloupe, composé de 47 praticables et 5 personnages en costume ". " L’art comme je le conçois se situe sur le terrain des récréations et non des sessions scolaires " (1963) " Le vrai art, il est toujours là où on ne l’attend pas " " Ceux à qui le monde n’apparaît pas à leur goût, je leur conseille de ne pas tâcher de changer le monde mais de changer leur goût " ( Prospectus et tous écrits suivants ) Des livres de et à propos de Dubuffet - Jean Dubuffet et le grand magma – Alexandre Vialatte ( Arléa – 1988) - Jean Dubuffet : les dernières années (éd. Du jeu de Paume – 1991) - Dubuffet – Marcel Paquet (éd. Casterman 1993) - Dubuffet – Fondation Pierre Gianadda (1993) On retrouve ici le catalogue de l’exposition qui eut lieu du 4 mars au 10 juin 93, en Suisse, agrémenté de lettres de l’artiste. - Le théâtre de Jean Dubuffet – Musée Malraux (éd. Réunion des Musées Nationaux – 2001) Le catalogue de l’exposition havraise, au Musée Malraux du 19 mai au 3 septembre 2001. Le musée havrais avait déjà accueilli une exposition de l’artiste, en 1976, pour célébrer le 75ème anniversaire du havrais Dubuffet. " Le statut de spectacle m’apparaît commun au théâtre et à des peintures. Je n’ai pas en vue notre théâtre classique, qui me paraît fade et trop vériste. Je voudrais un théâtre plus corsé ; celui des prestations de clowns par exemple, ou de jongleurs, ou bien de marionnettes. C’est à des transpositions de cette sorte que j’aspire, fortement abréviatrices de la vie quotidienne et la portant par là sur un plan véritablement théâtral. Un théâtre à très grosses ficelles ". (Jean Dubuffet " Bâtons rompus " - Les Editions de Minuit - 1986) - Asphyxiante culture – Jean Dubuffet (Editions de Minuit – 1986) La première édition de cet ouvrage date de 1968. Les premières lignes du livre posent le décor : " L’endoctrinement est maintenant à un tel degré qu’il est extrêmement rare de rencontrer une personne avouant qu’elle porte peu de considération à une tragédie de Racine ou à un tableau de Raphaël. Aussi bien parmi les intellectuels que parmi les autres. Il est même remarquable que c’est plutôt parmi les autres, ceux qui n’ont jamais lu un vers de Racine ni vu un tableau de Raphaël, que se trouvent les plus militants défenseurs de ces valeurs mythiques… " - La ponte de la langouste (lettres à Alain Pauzié) – Jean Dubuffet (éd. Le Castor astral – 1995) " La ponte de la langouste ou de l’esturgeon n’atteint pas la vôtre… " écrit Dubuffet à Pauzié, au cours de cette correspondance de dix années, jusqu’à la mort du père de L’Hourloupe. Il prouve, s’il en était besoin, son attachement à la création marginale et l’attachement à l’amitié. - Poirer le papillon (lettres à Pierre Bettencourt) – Jean Dubuffet (éd. Lettres Vives – 1987) Correspondance entre les deux hommes, de 1949 à 1985, agrémentée de quelques commentaires. - L’homme du commun à l’ouvrage – Jean Dubuffet (éd. Gallimard – 1973) Voilà réunis Prospectus et tous écrits suivants , dans lequel l’auteur parle de l’art brut, de Céline, des Empreintes et nous donne à lire La fleur de barbe ; en deuxième partie, Désaimantation des cervelles, suivie de textes inédits. L’exposition Le théâtre de Jean Dubuffet, se poursuit au Musée Malraux, au Havre, jusqu’au 3 septembre 2001. |
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